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Rufisque : la calèche, reine des routes

Rufisque : la calèche, reine des routes

Weutiir (déformation du mot français voiture, ndlr) est le terme utilisé pour désigner la calèche au Sénégal. Dépourvue du moindre accessoire de protection contre le vent encore moins du soleil, la calèche demeure, malgré ce handicap, le moyen de transport préféré des habitants de Rufisque (un des quatre départements de la région de Dakar).

« La calèche nous amène jusqu’à la maison; ce que ne font pas les taxis clandos (clandestins) qui ont des itinéraires fixes », argumente Khary Diouf, une sexagénaire. Même rengaine servie par Awa Sarr, trouvée en pleine discussion avec un cocher sur le prix du trajet qui doit la mener à Santhiaba, un quartier situé à 2 km à peu près du centre-ville. « On est tombé d’accord sur le prix. Je paye 150 francs (0,3 usd environ) », fait savoir la dame en provenance du marché, panier rempli de provisions sur la tête.

« Chaque client paye en fonction de l’itinéraire et des bagages », fait savoir Mame Fall, un cocher qui soutient que « généralement la course revient à 150 ou 200 francs (0,25- 0,34 usd) par client. Ce qui fait au total 600 francs (1,02 usd) au maximum par voyage. Aussi, un seul client peut prendre en location la calèche auquel cas, en fonction de la distance et des bagages, il peut décaisser jusqu’à 700 francs (1,19 usd) », avise-t-il encore.

Exerçant le métier depuis 2000, Pape Diop fait observer que « des fois même, le transport se fait à crédit, la cliente ne payant qu’à la prochaine rencontre ». Un des avantages pour lesquels les femmes préfèrent les calèches. « Les chauffeurs de taxis clandos sont capricieux ! Ils refusent d’embarquer la plupart de nos produits, plus particulièrement le poisson, dans les malles des voitures arguant que l’odeur indispose les autres passagers », explique la dame Awa Sarr pour qui « les calèches sont une providence divine pour les femmes ».

Paniers et autres objets dans un espace aménagé pour les bagages derrière la banquette bien houssée faisant office de siège et que se partagent outre le cocher trois autres personnes (maximum), Awa va rejoindre son domicile sous les bruits de sabots bien ferrés s’écrasant sur le macadam ainsi que les sonorités distillées par les clochettes autour du cou de l’équidé au trot.

Fouet s’abattant sur les flancs de l’animal et les ‘’alli –  alli’’ (en avant, en avant) du cocher pour accélérer la cadence du cheval s’y greffent aussi pour donner une spécificité sonore inhérente aux calèches.

A en croire  Pape Diop, « le revenu journalier tourne autour de 9000 francs (15,287 usd)». Somme sur laquelle il faut défalquer « 5000 francs (8,49 usd) pour la ration alimentaire des deux chevaux », explique le président Diop qui déplore « la cherté de l’aliment des chevaux ».

D’après les chiffres officiels, « le parc hippomobile compte 226 calèches et représente environ 20% du transport urbain », explique Bara Ndiaye, agent à la mairie de Rufisque en charge de la collecte des taxes.  Pour le percepteur municipal dont l’institution reçoit de chaque calèche 3000 francs (6 usd, environ) mensuellement comme patente, ce moyen de transport n’a pas que des avantages. « Les calèches sont un goulot dans la mobilité urbaine. Elles amplifient les embouteillages », fait-il savoir.

Autre grief soulevé par les populations sont les déjections des chevaux dans les rues. « Moyen de transport non polluant disent les gens ! Ce qui est archi faux », admoneste Doudou Kane.  « Même si les calèches n’émettent pas de gaz, les chevaux urinent et éjectent des crottins partout », assure Kane qui dit utiliser des fragrances et désodorisants « pour maintenir une bonne atmosphère » dans sa boutique située en face du parc hippomobile.

« Ce serait bien que les autorités trouvent le moyen de pallier ce mal, notamment par l’utilisation obligatoire d’une sacoche dans le harnachement des chevaux pour contenir les crottins », propose enfin Kane.

Les professionnels du tourisme ne demandent pas mieux. « Le parc hippomobile doit être modernisé », soutient Djibril Ndoye, trésorier de l’office de tourisme du département de Rufisque. «Des aménagements tendant à rendre la calèche plus attrayante participeraient à la promotion du tourisme car Rufisque est le seul département de la région de Dakar à disposer de ce moyen de transport original et non polluant qui est un héritage du temps colonial », estime aussi Ndoye dont l’association œuvre à la promotion du tourisme à Rufisque.

L’association rufisquoise de protection des animaux (Arpa) qui travaille au bien être des chevaux veut, quant à elle, fédérer tous les acteurs gravitant autour de l’activité de la calèche  (propriétaires, cochers, utilisateurs, selliers…) pour porter le plaidoyer.

« Nous avons essayé d’abord avec les cochers et leur association est en cours d’officialisation », explique Abdoulaye Mbengue, vice-président de l’Arpa. « Des cochers ont été formés au code de la route avec le concours de plusieurs partenaires dont la gendarmerie nationale », soutient Mbengue s’épanchant sur les réalisations de la jeune association  en partenariat avec Brooke, une Ong britannique s’activant dans le bien être des équidés.

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